Jayez_On_ne_s'ennuie_jamais_à_Nice_couv

Comme tous les ans, Marie et Jacques, deux retraités, vont passer le mois de juin à Nice, dans leur petit appartement de l’immeuble « Le Séquoia ». Ils sont bien intégrés à la Résidence où ils ont découvert de vrais et bons amis. Mais il y a d’autres habitants au Séquoia, aux tempéraments et caractères les plus divers : il y a ceux qu’on voit et qu’on entend, les râleurs et les mauvaises langues, mais heureusement, il y a aussi les conciliants, les dévoués et les affables. Il y a ceux qui comptent sur leur âge et leur passé pour un respect à sens unique, mais heureusement il y a aussi les enfants pour leur renvoyer jeunesse, insouciance, espiègleries. Il y a les roublards et les combinards, mais heureusement, il y a aussi les honnêtes, les modérés et les sages pour déjouer les manigances.

Au sein de cette communauté, Julia, la gardienne, n’a pas un métier facile. Et justement, en ce début de mois de juin là, dès leur arrivée, Marie et Jacques sont mis au courant d’événements semblant compromettre gravement la gardienne et son travail : Julia aurait-elle perdu la raison ? Aurait-elle des motifs sérieux d’agir ainsi ? Est-elle la seule en cause ?

Autant de questions et d’autres, qui vont surgir, auxquelles Marie et Jacques, avec l’aide de leurs amis, vont essayer de répondre, entre deux visites et promenades dans Nissa la Bella.

Extrait

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   Prenant l’ascenseur le lendemain pour les courses du matin, Jacques constata que la cabine s’arrêtait consciencieusement à chaque étage. Ses frères et lui l’avaient trop faite, dans leur jeunesse, lorsqu’ils habitaient avenue Mirabeau avec leurs parents, pour ne pas reconnaître là une espièglerie des enfants du troisième. Finalement libéré au rez-de-chaussée, il tomba sur Mme Carboni en plein examen du contenu de sa boîte à lettres :

   — Bonjour Madame, dit-il avec une courtoisie prudente.

   — Tiens, vous êtes donc revenus ? répondit la dame, avec un regard et sur un ton qui venaient de haut. Jacques avait oublié les manières aussi artificielles que goujates de cette dame, qui savait si bien les lui rappeler en peu de mots.

   Tenté un instant de répliquer par la négative, n’eût été que pour plonger son interlocutrice dans la banalité de sa question, Jacques se persuada vite que le jeu n’en valait pas la chandelle et se contenta d’annoncer :

   — Comme tous les ans, avec les beaux jours.

   — Ah ! vous allez trouver du changement, et pas en bien ! Tout se perd de nos jours, on n’a plus de considération pour rien, même plus pour les cheveux blancs. Voyez ce que nous font les sales gosses du troisième avec l’ascenseur.

   — Ce ne sont que des enfants !

   — Vous semblez oublier que l’apprentissage du respect commence au berceau !

   — Ah !

   — Il est vrai que le Séquoia n’est plus ce qu’il était. Savez-vous ce que nous fait la gardienne maintenant ?

   — Non.

   — C’est simple, elle ne nettoie plus l’immeuble.

   — Comment ça ?

   — Elle balaye à la va-vite, n’enlève plus la poussière, lave très sommairement les vitres et les miroirs, laisse mourir les plantes, et irait même, d’après certains, jusqu’à salir volontairement le paillasson des copropriétaires ! C’est bien pourquoi, avec M. Ducatto, nous avons rédigé une pétition pour la faire licencier.

   — C’est très sérieux ce que vous dénoncez là !

   — À qui le dites-vous !

   — Il est évident que si les faits sont avérés, c’est grave pour la gardienne, mais s’ils ne le sont pas, c’est naturellement inquiétant pour ceux qui la menaceraient à tort !

   — Traitez-moi de menteuse, pendant que vous y êtes !

   — Loin de moi cette idée, car j’imagine qu’il y a des preuves d’une telle accusation.

   — Bien sûr qu’il y en a, tout le monde vous le dira !

   — Excusez-moi, je parle de preuves juridiques, comme un témoignage écrit et signé, qui engagerait le déclarant, et non un simple propos rapporté de bouche à oreille.

   — Il y en aura, rassurez-vous, ne serait-ce que la pétition que nous allons présenter à tous les copropriétaires.

   — Une pétition n’est pas une preuve et il y a bien longtemps que l’on ne compte plus celles qui ont fini au panier.

   — Ah ! Je vois, vous êtes du côté de la gardienne ! J’aurais dû m’en douter, le Séquoia n’est pour vous qu’un lieu de vacances et vous vous fichez complètement de ceux qui y vivent à l’année. Après vous, le déluge !

   — Non, chère Madame, je ne me moque de personne, mais je sais combien la vérité est exigeante, face au mensonge qui recrute tant de complices parmi les colporteurs d’informations sans fondement.

   — Et moi, je n’ai de leçons à recevoir de personne ! trancha d’un ton sec Mme Carboni qui tourna les talons et s’engouffra la tête encore plus haute dans l’ascenseur qui, comme s’il avait tout compris sans l’aide des enfants, s’arrêta consciencieusement à chaque étage.

(pages 39-41)

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